Preuilly pendant la guerre Enregistrer au format PDF

Preuilly pendant la guerre =====Bloc-Notes=====
Samedi 2 septembre 1939 .

Triste marché. La nouvelle de la mobilisation générale s’est répendue comme un glas. Les battages sont interrompus. Des hommes ont déjà rejoint par le premier train.

Dimanche 3 .

Présentation des chevaux devant la commission militaire qui siège au champ de foire.

21h.30. - Arrivée par train spécial du personnel et des archives du Ministère du Travail dont les bureux se répartissent entre “Fontbaudry“, “Malvoisine“, la maison Musnier, la Mairie, le château du “Lion“.

Janvier 1940 .

Constitution, sur l’initiative du docteur Pommeret, d’un Comité d’entr’aide aux mobilisés de la commune. Envoi de colis accompagnés d’une feuille dactylographiée contenant des nouvelles du pays .

20 février .

Le Ministère replié rejoint l’Administration centrale place Fontenoy à Paris.

Fin mai .

C’est le début de l’exode, les voitures se succèdent, chargées de bagages, de plus en plus nombreuses et lamentables.

La municipalité organise un centre d’accueil qui distribue des repas gratuits, du linge, des vivres. Plusieurs familles sont hébergées sur place. Aux colonnes de réfugiés se mêlent des unités de l’armée qui se replient en direction du sud-ouest.

Constitution d’une garde municipale pour la surveillance des routes, des voies ferrées, et la Défense Passive.

14 juin .

Passage de voitures officielles emportant les membres du Gouvernement qui de Tours gagne Bordeaux.

15 juin .

Vers 6h30, un avion ennemi survole la ville et lance plusieurs bombes, il semble qu’il ait pour objectif le pont sur la Claise.

Quartier de la “Berruère“, les époux Lefort sont tués, leur logis détruit, ruelle de la “Raillère“ les maisons Dubois sinistrées, des engins tombent dans la cour de l’hôpital et derrière l’église sur le terrain de M. Galland, rue de “l’Abreuvoir“ la maison Lamirault s’écroule, les vitraux de l’Abbatiale (côté abside surtout) ont souffert, l’école libre des filles est aux trois-quarts rasée.

21 juin .

Une estafette annonce à l’état-major qui stationne à “Malvoisine“ que le drapeau blanc flotte sur l’ Hôtel de Ville ; vers 22 heures, ordre est donné de l’enlever. L’ennemi approche.

22 juin .

Vers 10 heures arrivent les premiers détachements motorisés allemands. Fusillade aux abords de la ville. Un tank français en panne devant “l’Ane qui butte“ est abandonné par ses occupants. Courte résistance auprès du pont, les éléments de retardement sont commandées par le sous-lieutenant de Gastines. L’ennemi prend immédiatement possession de la poste, de la mairie (dont il chasse le concierge), des mitrailleuses sont braquées aux carrefours, le drapeau rouge à croix gammée est hissé, la Kommandantur installée. Les lourdes bottes raisonnent sur le terre-plein cimenté. Puis le gros de la troupe suit en chantant et s’infiltre partout.

Cependant la lutte continue, toute la nuit on entend tonner le canon du côté de la Creuse. Le “cessez le feu”, ne sera effectif avec l’armistice que le mardi 25 juin, à 1h30.

On déplore trois victimes civiles : Georges Aumercier, mécanicien, 31 ans, tué au “Ragot“ ; Albertine Couvalin, 77 ans, tuée vers les “Chauvreaux“ route de Bossay ; et la petite Lilianne Jarry, 7 ans et demi, morte d’épuisement à l’hôpital.

Preuilly se trouve par erreur compris dans la zône occupée, la ligne de démarcation avec ses barrières basculantes et ses sentinelles vert-de-gris passe route d’Yzeures (à “la Croix“), route de Loches (au “Rond”).

Juillet .

L’occupant, qui a soif, délaisse volontiers la chope à bière pour la “fillette” de vin blanc de chez nous,il s’en suit des beuveries tapageuses.

12 juillet .

Après accords intervenus entre les commissions d’armistisce la ligne frontière recule d’environ 6 kilomètres jusqu’à Chaumussay. Une seule commune du canton : Chambon, reste occupée. Les Allemands quittent Preuilly dans la matinée et sont remplacés le soir même par une formation de cent quarante hommes venant du dépôt des isolés sous le commandement du capitaine Touron. Les trois couleurs sont amenées solennement. L’émotion se lit sur les visages. Preuilly devient chef-lieu de canton militaire.

Fin juillet.

Les premiers démobilisés arrivent. On apprendra plus tard et au fur et à mesure des nouvelles que 61 de nos compatriotes ont été faits prisonniers. Huit d’entre eux dans la suite seront rapatriés. Jean Roy ; Paul Poupineau et Jean Touzin réussiront à s’évader. Elie Nauleau, du 29è bataillon de chasseurs à pied, Robert Savatier, soldat du 170è R.I. et René Daveau sont morts pour la France.

Novembre 1940.

Service religieux et défilé au monument aux morts en mémoire du sergent René Daveau, du 77è R.I. tué à l’ennemi, le 24 mai 1940, à Biesmes (Belgique). Le Comité d’ent’aide se transforme en “Secours aux prisonniers de guerre“. Le dévouement des organisateurs ne connaitra pas de repos durant les hostilités où plus de deux mille colis par an auront pu être expédiés vers les stalags. Toutes les sociétés de Preuilly sans exception rivaliseront de générosité pour aider à collecter les fonds nécessaires à des envois gratuits.

Novembre 1942.

Les clauses de l’armistice sont violées. Les troupes allemandes gagnent la zone libre, l’armée est dissoute. A cette époque, la 3è compagnie du 32è ne résidait plus sur notre commune qu’elle avait quittée pour le Grand Pressigny. Il ne restait qu’un poste de guet installé dans un champ face à l’avenue de Fontbaudry, composé de 6 à 8 hommes logés au “Belvedère” et appartenant aux défense anti-aériennes de Châteauroux.

Les uniformes gris-fer viennent prendre position à la place de nos gars de la D.A.T., occupent le château de Fontbaudry et le réquisitionnent comme casernement. Ils y séjourneront jusqu’au printemps 1943, date à laquelle ils vont s’installer dans le nouveau local de “l’Habit” construit pour eux (baraquement avec mirador) par l’organisation Todt.

Juillet 1943.

Recencement des jeunes gens de le classe 1942. Seize d’entre eux partiront par échelon pour l’Allemagne au titre du Service du Travail Obligatoire.

Août.

A la suite de divers incidents survenus avec l’armée d’occupation, celle-ci menace de prendre des sanctions contre la population et d’en référer à la Feld-Kommandantur d’Angers. Le maire intervient énergiquement. Après longues et orageuses discussions, il obtient que personne ne soit inquièté. L’affaire est classée. Mais quelques jours plus tard la Gestapo fait une descente à l’Hôtel de Ville.

3 octobre.

Sur le champ de foire garni de stands et de visiteurs se tient la grande kermesse au profit des prisonniers et des travailleurs déportés. Le bénéfice net atteint la somme de 196.000 francs. Pendant la séance du soir à “Notre-Dame des Echelles“, M. Munch lit ce poème de Guy de la Mothe en hommage aux absents :

Quand ils reviendront du fond de l’exil, des pays perdus d’angoisse et d’attente, pâles,trébuchants d’un bonheur trop lourd,

Fera-t-il soleil,fera-t-il grésil ? Saurons nous trouver paroles ferventes Assez pour calmer leur cœur sombre et sourd ?

Quand ils reverront l’horizon d’enfance, Leur bon vieux Preuilly somnolant et bleu, Ses toits roux de tuile et ses maisons claires,

Quand ils oubliront d’un coup leur souffrance, Quand les doux baisers sècheront leurs yeux, Et qu’ils tomberont au cou de leur mère,

Quand les tout petits qui ont trop grandi S’intimideront devant ce papa Qui pleure en riant des larmes de joie,

Saurons-nous assez leur dire merci D’avoir apporté le poids du rachat, d’avoir su gardé intacte la Foi,

D’avoir tant offert pour que naisse un monde, Une France encor plus belle qu’avant, Ardente,prudente,altière et féconde, Une France en fleurs dans son vert printemps !

Fin octobre.

Création d’un “Commité d’Entr’aide aux Travailleurs du S.T.O.“, environ 300 paquets sont acheminés par les soinsde ses membres.

18 mars 1944.

Le couvre-feu entre en vigueur de 22 heures à 6 heures du matin, les Allemands patrouillent en armes dans les rues de la ville.

24 mars.

Arrivés du premier contingent des 40 enfants évacués qui nous viennent du Gard, deux autres suivront courant avril.

6 mai.

Seize réfugiés d’Etables (Côtes du nord) sont hébergés.

25 mai.

Passage dans la Preuilly pavoisé de la statue de Notre-Dame-de-Boulogne portée à bras depuis son départ de Lourdes le 28 mars 1943.

6 juin.

Débarquement des Alliés sur les côtes normandes. Le commandement allemand de la zone sud dessaisit de tous ses pouvoirs policiers la préfecture régionale de Limoges dont nous dépendons. Des règlements nazis sont affichés sur les murs. Couvre-feu à 21 heures. Les prescriptions relatives à l’obscurcissement sont renforcées.

10 juin.

Les gendarmes sont priés d’avoir à rejoindre Loches. Un certains nombre d’entre eux y seront faits prisonniers plus tard au cours d’une rafle. A partir de ce jour et jusqu’au 12 septembre le maire assure seul la responsabilité de la police.

24 juin.

Le couvre-feu ayant été reporté à 22 heures, les occupants se plaignent que celui-ci n’est pas respecté. Ils menacent de tirer sans préavis sur tous les contrevenants.

Juillet.

Un poste de secours est créé place des Halles avec le concours de dames, jeunes filles et jeunes gens de bonne volonté, sous la direction de Mme Perreau diplômée de la Croix-Rouge.

Mise en service d’un centre d’accueil avec infirmerie,dortoir, réfectoire et salle d’hébergement dans l’école communale des filles, l’hopital se charge de la cuisine. Un convoi important de réfugiés, ouvriers des hauts-fourneaux de Caen arrive de Saint-Flovier dans des charrettes à chevaux. Il sera évacué le lendemain par camion sur Tournon. L’équipe de secourites bénévoles se distingue.

11 août.

La radio confirme que les blindés américains pénètrent profondément en Bretagne. Des voitures ennemies isolées, quelques camions déjà chargés d’hommes et d’armes, traversent notre agglomération, venant de l’ouest.

Samedi 12

Va-et-vient toute la matinée d’unités en retraite ; à 12 heures, une formation volumineuse stationne place de l’Abbaye. La chaleur est vive. Dans l’après-midi on constate qu’un camion, un tracteur bondé de munitions et une voiture de tourisme française en panne sont garés devant le porche de l’église. Une sentinelle monte la garde tandis que les autres dorment. Vers 18 heures, deux hommes, dont un gradé, essayent de remettre en marche le véhicule accidenté, pour cela ils l’accrochent en remorque derrière le tracteur et descendent vers le café de “la Claise“.

Le maquis des environs, qui a eu vent des allées et venues a réussi à s’infiltrer jusqu’au jardin de M. Mériot. Au moment où le convoi atteint la hauteur du monument aux morts le combat s’engage. Un Allemand blessé au bras remonte en hâte vers le bourg chercher du renfort, en même temps il appréhende les personnes qui se trouvent dans la rue (une quinzaine dont deux jeunes filles) et les pousse devant lui vers le pont. Des coups de feu éclatent, à la faveur du désarroi les otages parviennent à s’enfuir par les oseraies et à gagner le “Bourg-Neuf”. Les Allemands s’aplatissent derrière les talus. Rafales de mitraillettes et de fusils mitrailleurs de part et d’autre. Pendant ce temps les voitures abandonnées atteintes d’une grenade flambent,les munitions explosent, crépitent, envoient en l’air des fusées multicolores.

L’ennemi se sentant dominé, décroche en rampant, gagne le pont. Deux sont faits prisonniers vers la gare, les cinq autres se sauvent, montent la Grande-Rue, passent à la mairie et gagnent la route du Petit-Pressigny par les “Marronniers”. On apprendra par la suite qu’ils ont été pris à leur tour plus loin, leur chef aurait été tué.

19h.30. - Deux jeunes gens (Alizon Lucien et un réfugié breton) sont blessés près des épaves par des projectiles non éclatés, l’un à la jambe, l’autre à l’œil.

Dans la nuit les bornes Michelin sont brisées ou maquillées au goudron sur toute la commune .

Dimanche 13.

Constitution d’un groupe de “corps-francs” armés qui assurera un service de garde permanent route de la Roche. On conduit à l’hôpital du Blanc Gérard Ledoux, du 17è, atteint de trois balles aux genoux lors d’un engagement en forêt d’Azay. Quelques jours après le docteur Pin,vétérinaire, est blessé par méprise alors qu’il assurait son service sur la commune de Bossay.

15 août.

Marcel Chainon, 22 ans volontaire du 27è R.I., tombe au champ d’honneur, à Longeville, commune de Villedieu (Indre). La nouvelle ne parviendra que le 11 septembre.

Mercredi 16.

Dans les bois des environs de nombreux éléments combattants se regroupent et prennent position. A la soirée, sous la pluie, passage d’un détachement de motocyclistes appartenant à l’ancien 1er régiment de France.

Lundi 18.

Après quatre ans de mauvais pain, on est heureux de revoir pour un temps la “miche“ blanche aux devantures des boulangeries.

Dimanche 27.

L’aumonier de l’école Hériot (repliée à l’hôtel du Parc de la Roche-Posay), sachant parler allemand, est choisi comme parlementaire et envoyé à Preuilly par l’état-major ennemi. Sur sa route, il rencontre à un barrage le capitaine qui commande les forces françaises du secteur. Tous deux se présentent au domicile du maire. Il est 23 heures. L’abbé annonce que les Allemands occupent la Roche depuis 19h30, qu’ils ont pris 80 otages et qu’ils l’ont chargé de prévenir le maire qu’en cas où le pont de la Claise serait sauté ou viendrait à sauter, ou si un coup de feu était tiré soit dans la ville, soit aux abords immédiats, le feu serait mis aux quatre coins de Preuilly. Le même envoyé précisait que des perquisitions pourraient avoir lieu chez les habitants et qu’il serait urgent de ne conserver aucune arme chez soi. Dès la fin de cette entrevue, le maire, assisté de quelques personnes se rend sur le pont dont il assurera la garde toute le nuit. Des coups sont entendus vers 24 heures en direction d’”Humeau”.

Lundi 28.

Il se confirme d’après des renseignements qui s’avèreront erronnés par la suite que les forces adverses se composeraient d’environ 250 hommes.

Dans la matinée l’ennemi semble avoir traversé la Creuse et se trouver entre cette rivière et la route d’Yzeures à Chambon, vers la “Revaudière”.

Au début de l’après-midi,le maire adresse à la population un appel lui demandant en cas de passage de troupes, de conserver son calme et d’éviter de sortir dans les rues. Vers 15 heures les bruits les plus contradictoires circulent, certaines personnes alarmées vont jusqu’à demander l’évacuation de la ville. Pour tranquilliser tout le monde le maire demeure en permanence sur le parvis de l’Hôtel de Ville.

21h.30. - On prétend que les 250 Allemands signalés se dirigeraient en deux groupes, l’un vers Yzeures, l’autre vers Preuilly. Ce dernier aurait été vu à “Beauvais”. Le pont est à nouveau gardé toute la nuit.

Mardi 29.

De nombreuses réquisitions ont été effectuées les jours précédents sur la commune par les Forces Françaises de l’Intérieur.

Dès 3 heures du matin,les habitants sont alertés par le crépitement des armes automatiques.

9 heures. - De fortes détonations éclatent du côté de la route de la Roche, des gerbes de fumée montent du hameau des “Bernardières” et de plusieurs fermes, semble-t-il, vers “la Croix-Gilette”.

A la jumelle, on distingue des groupes avancés ennemis qui se déploient en tirailleurs à travers champs sur les coteaux de la “Cochetière” et ailleurs. Une mitrailleuse tire au coin des tailles de la “Choisière”. Notre petite ville va être bientôt encerclée, débordée de toute parts.

Pendant ce temps quelques Allemands pénètrent à “Malvoisine”, frappent aux portes. Yves Cartier se montre avec son frère Bernard et se présente comme maire de Preuilly. Les Allemands lui disent de venir trouver leur chef. Tous deux partent accompagnés. En arrivant au chemin de “Popleureux”, une sentinelle tire et se fait réprimander vertement par ses camarades. L’officier qui commande la manœuvre, c’est un lieutenant, se trouve alors couché dans le fossé, sur la gauche, près d’un ormeau abattu la veille en travers de la route. Il se relève et prend contact, la conversation s’engage ou plutôt le questionnaire :

- ” C’est vous M. le maire ? Vous avez bien reçu mon message ? Le pont est-il sauté ? Y-a-il du maquis dans votre commune ? Comment se fait-il que la poste de Preuilly soit reliée avec le maquis ?… Ne niez pas, j’ai usé moi-même de l’appareil. Vous savez que votre tête est en jeu, vous répondrez de la sécurité de nos troupes pendant leur passage.”

Le maire répond que le pont est intact, qu’il n’y a pas de maquis à Preuilly et qu’en ce qui concerne le téléphone, il se peut qu’une formation étrangère à la commune se soit reliée à la poste mais que lui l’ignore. (on saura plus tard que la directrice et le personnel du bureau ont fait preuve de sang-froid et de présence d’esprit en détruisant à temps les fils de toutes pièces compromettantes).

L’officier prend alors une feuille de papier et y renouvelle par écrit les conditions énumérées la veille par son messager : circulation interdite à partir de 12 heures, perquisitions éventuelles, etc… Puis il fait monter le maire et son frère dans sa voiture personnelle qui descend vers la ville. La voiture stoppe devant “Bonvoisin”, à ce moment se présente M. l’abbé Perreau, accompagné d’un jeune secouriste, il offre ses services de brancardier, mais l’officier allemand l’éconduit.

Des mortiers sont braqués sur Preuilly. Au moment où il franchit la voie ferrée, M. Noquet a l’épaule traversée par une balle. La blessure saigne abondamment.

10h30 . - La voiture passe le pont sans incident,atteint l’hôtel de ville. Le secrétaire est présent. Un groupe de soldats bondit à la poste, interroge, fouille, ne trouve rien. Les autres patrouillent dans Preuilly, appréhendent MM. Jambier et Munch, qu’ils relachent aussitôt. Pendant ce temps, l’officier est remonté au bureau du maire suivi de ce dernier. Aux conditions imposées précédemment et rédigées en bon français, M. Cartier ajoute un appel dans lequel il dit répondre sur sa vie devant les troupes allemandes de la sécurité de ses concitoyens, il demande donc à ceux-ci de lui faire confiance.

11 heures. - Cet appel sera publié dans les rues au son du clairon.

L’ober-lieutenant réclame des casernements pour ses hommes ; ceux-ci s’installent sur le champ de foire, à l’école maternelle et dans les classes des garçons. La maison Riboton est réquisitionnée comme P.C. de compagnie, son propriétaire expulsé.

Alors commencent à se déverser par la Grand’Rue les colonnes ininterrompues de camions, voitures automobiles de tous modèles et de toute provenance, bardées de soldats, d’armes de vivres et de munitions. Elles ne cesseront de passer jour et nuit sans interruption jusqu’au 1er septembre. L’officier exige qu’un bain lui soit préparé pour 16h.30.

12 heures. - Le même demande au maire de faire annoncerque toutes les autos, toute l’essence, le charbon de bois et l’huile disponibles doivent être présentés à 16 heures précises.

Vers 13 heurs15, des Allemands qui stationnent en camion à la “Saulaie” croient apercevoir des gens du maquis et déchargent leurs fusils-mitrailleurs en direction de “Fonfbaudry”. Les deux hommes de la ferme qui ont été visés ont juste le temps de se coucher à terre et de gagner les bois. Quelques minutes après la propriété est entourée en force, on menace de la faire sauter. Devant la décision des résidants, l’incident se clôt. Le parc est littéralement envahi.

Des soldats ayant aperçu une affiche du Comité de résistance du Blanc apposée sur le mur extérieur du café Minette forcent la porte et menacent de bruler la maison.

Vers 14 heures, le maire ayant déclaré aux autorités occupantes que sa place n’est pas au champ de foire mais à son bureau, il monte à la mairie où il trouve M. Martin, instituteur, venu aux nouvelles.

16 heures. - Aucune voitures ne se trouvant au rendez-vous, à 16 h.30, un soldat allemand prie le maire de descendre au poste de commandement, là on lui donne une demi-heure pour rassembler le matériel demandé. Sur ces entrefaites arrive le colonel commandant le régiment, qui demande deux chambres pour lui et un officier de sa suite ainsi que des lits pour ses ordonnances. Cela fait diversion, la discussion s’engage. Il résulte en fin de compte que les prescriptions annoncées à 11 heures sont abrogées, qu’il devient inutile de présenter les voitures, que l’on se contentera d’un peu de charbon de bois.

Dans la soirée on craint, à juste titre, le passage de troupes hindoues annoncées comme dangereuses par les Allemands eux-mêmes.

Vers 19 heures le commandant demande à hospitaliser un blessé, il sera logé chez M. Pilet et repartira le lendemain avec son unité. L’abbé Perreau est prisonnier sur parole à l’hôpital.

Mercredi 30.

Le défilé continue. La compagnie qui avait pris Preuilly part vers 5 heures du matin. A partir de ce moment, le maire demeure en permanence à son poste de jour et de nuit.

Jeudi 31.

De 6 h30 à 11 heures un général d’armée allemand avec tout son état-major surveille et dirige de la place de l’Hôtel-de-Ville l’évacuation de sa division, un ordonnance lui apporte un repas froid qu’il prend debout.

Dans la matinée, un capitaine avait exigé avec arrogance que lui soit livrées cinq piles électriques, sans quoi il ferait bombarder la ville. Il n’en obtiendra qu’une seule.

17 heures. - Une formation sans doute trop chargée de denrées en abandonne une certaine quantité qui est achetée par l’hospice. Tandis qu’elle repart de la place des Halles, un coup de feu éclate. Immédiatement les hommes prennent position de tir ; tous les regards sont braqués vers la Grande-Rue quand un gradé vient dire qu’il s’agit d’un accident. Dans la voiture du chef de détachement, à la hauteur du magasin Chardon, un soldat a été atteint en bousculant un fusil par inadvertance, la balle a traversé la poitrine pour sortir dans la région du cou. Transporté à l’hopital, le blessé, un garçon de 17 ans, décèdera le vendredi, il sera inhumé le samedi vers 20 heures.

Le piquet d’incendie assure une permanence à la mairie.

Vendredi 1er septembre.

9 heures. - Beau temps comme la veille. En l’air des ronflements de moteur qui se précisent. On a compris… Eux aussi qui sautent précipitemment des camions et se cachent dans les fossés, les maisons, les bois. Déjà les chasseurs américains -une douzaine- aux étoiles blanches peintes sur les carlingues virent, tournent, sur leur proie. Ils font mouche à tous les coups, à chaque rafale tonnante des mitrailleuses que la D.C.A. ennemie tente en vain de faire taire. Des flammes, des gerbes énormes de fumée noire montent des voitures incendiées.

L’attaque a duré trois quarts d’heure.On voit partout des foyers d’incendie le long des routes, depuis les bois de Boussay jusqu’à la forêt d’Azay. Dans un enchevêtrement de véhicules criblés, près du passage à niveau de la ligne de Port-de Piles au Blanc, flambe une grosse citerne à essence. Eclatement des obus, crépitement des balles, coups sourds des torpilles, très fortes déflagrations occasionnant dans toute la ville et ses abords des dégats matériels importants.

Les Américains reviennent l’après-midi. Ils évitent de tirer en plein dans le bourg et achève leur beau travail du matin. On déplore un blessé par éclatement d’un grenade (Melle Pommeret), l’incendie de la maison du garde-barrière, et de la récolte de M. Boué, à “l’Habit”. Le soir tombe, des dépôts de munitions sautent, sabordés par l’ennemi, tandis que le ciel rougeoie de lueurs d’incendie.

Une centaine de véhicules ont été détruits sur notre commune avec ce qu’ils contenaient : mortiers, canons, mitailleuses, fusils, engins divers, sans compter les boites de conserves par milliers, les bouteilles de Bordeaux, de Champagne, de Cognac (réservé à la Wermacht) !

Plusieurs autos, bicyclettes, six chevaux et quelques voitures seront pris à l’habitant sous la menace du révolver.

Samedi 2.

Passage d’isolés pendant la journée ; le gros des colonnes ne se remet en marche qu’à la tombée du jour. Toute la nuit s’entendent le vacarme des moteurs, le martèlement des attelages, des ordres répercutés.

10 heures. - On prévient que le corps d’un jeune homme du maquis a été retrouvé, un bras ligoté, dans le fossé de la route du Grand-Pressigny, près de la“Thibauderie”. Grâce aux papiers qui ont été recueillis sur lui il est identifié, il s’agit de Georges Guillemin de Ligueil.

12 heures. - Un peloton de cyclistes arrive par la route de Chaumussay. Sitôt en vue de Preuilly, il fait feu vers la “Grand-Cour”, le cimetière et continue sa route. Au moment où il dépasse la place de l’Hôtel-de-ville, le chef du détachement pousse un cri rauque et tire une rafale en direction de l’église.

12 h.15 . - Les avions américains de retour piquent sur notre agglomération, à différentes reprises ils mitaillent une voiture abandonnée rue du Champ-de-Foire. La façade et la toiture de la villa des Roses sont criblées de balles. Un grand nombre seront retrouvées à l’intérieur, certaines ayant traversé plusieurs épaisseurs de maçonnerie.

Dimanche 3.

Accalmie. Trois soldats qui prétendaient se rendre, seront revus le soir assurant le service d’ordre.

15 heures. - Exhumation d’un Allemand tué le jour du raid et enterré près de la route de Loches dans un champ appartenant à M. Georget.

16 heures . - Le corps de Georges Guillemin est amené, déposé dans la grange de M. Dugué et mis en bière. L’inhumation a lieu clandestinement.

Lundi 4.

Un calme relatif se maintient jusqu’à 17 heures. Le matin, la présence d’un cadavre dans le chemin situé face au chais de M. Dardare avait été signalée. Après examen on reconnait avoir affaire à un homme de race mongole, de très grande taille, appartenant à la “Nork-Légion”. Ses blessures à la nuque et près du cœur indiquent qu’il a été abattu.

Vers 15 heures. - Deux autres corps seront recherchés pour inhumation : l’un aux environs des”Augereaux” présumé être celui d’un officier supérieur (le tertre était recouvert d’un drapeau à croix gammée et la tête reposait sur une plaque de bronze à l’effigie de Hitler), l’autre près de Malvoisine, à demi carbonnisé, ayant fait partie d’une formation de l’air (Bordeaux-Marignane).

Mardi 5.

Le défilé recommence de plus belle,en ordre massif. Temps bas, nuageux, l’aviation repère mal les objectifs.

On estime que durant la journée plus de 15.000 hommes séjourneront sur le sol de la commune. De gros contingents de voitures-anbulances stationnent à la “Châtrie”,aux “Blanchards” à “Saint-Michel”, à “Malvoisine”, à la “Berjaudière”, à la maison Boué, à l’hôpital et à l’école où une salle d’opération sera installée. Plusieurs interventions chirurgicales auront lieu.

Nombreux cantonnements de chevaux et de mules arrivés du matin avec les véhicules pris en route, des plus hétéroclites, particulièrement denses au champ de foire, à la “Grand-Cour” et au “Lion“. Ils repartent le soir vers 18 heures, le coup d’œil ne manque pas de pittoresque.

Mercredi 6.

Encore quelques voitures. Des attardés seront attaqués avec succès par le maquis au bas de la côte de “Sauvagé“.

Jeudi 7.

Le silence étonne, on croit sortir d’un mauvais rêve. D’après estimation des témoins,environ 180.000 hommes auraient traversé notre commune durant la semaine historique.

Courant septembre.

Arrivée d’une brigade de gendarmerie envoyée par le préfet d’Indre et Loire. Car dorénavant notre canton revient à son département d’origine. La ligne de démarcation avait fait du Lochois un fief berrichon, provisoire.

Octobre.

On ramène à Ligueil le corps de Georges Guillemin, fusillé par les Allemands le 2 septembre. L’absoute est donnée sur la place de l’Hôtel-de-Ville. Le maire prend la parole pour exalter le sacrifice des jeunes gens de la Résistance morts en héros. Une foule émue accompagne jusqu’à la sortie de la ville, le cercueil recouvert de fleurs.

Six prisonniers sont occupés à déblayer les restes du mitraillage .

André Descloux, de l’état major des F.F.I. du Blanc, capturé par les S.S., entre Angles et Tournon, au cours d’une mission délicate, enchainé en plein soleil pendant quatre heures à des grilles près de l’école de Mérigny, brutalisé à coups de crosse, trainé de la prison de Poitiers au camp de Compiègne, réussit à s’évader du convoi qui l’emmenait vers l’Allemagne.

Mardi 10 octobre.

La nouvelle se répand de la mort de Hubert de Fressanges, engagé volontaire à l’armée Leclerc, tombé au champ d’honneur sur le front des Vosges après avoir pris part aux combats de l’Hôtel-de-ville lors de la libération de Paris.

Dimanche 15 octobre

Les drapeaux flottent au vent dans la bruine d’automne, le parvis de la mairie est sobrement décoré d’une croix de Lorraine en fleurs mauves, tandis que la foule se dirige vers l’église où a lieu l’office suivi de l’absoute pour les morts. A 11 heures, salut au drapeau, installation par le Sous-Préfet, accompagné de M. Mallet et de personnalités lochoises, de la nouvelle municipalité et du comité de Libération. M. Jambier, son président, annonce que le maire, M. Cartier, est maintenu dans ses fonctions, eu égard à ses qualités d’administrateur, à sa belle attitude lors du passage des colonnes allemandes. Sont membres du conseil provisoire : Docteur Durand, MM. Arnault, Beauvais, Bienvenu, Maillet, Méry, Poupineau, Véron. Le nom du général de Gaulle est acclamé.

Le comité se compose comme suit : MM. Jambier, Boulitte, Feignant, Martin, Moulin, Joubert de la Motte, Nonet, Pin, Touzin. Des gerbes sont déposées au monument, le maquis défile, la musique joue les hymnes alliés, la Marche Lorraine, etc. Puis la pénombre descend lentement, les peupliers frissonnent dans la pluie du soir.

Tandis que le canon tonne à l’Est et qu’ils attendent toujours derrière les barbelés, la France continue mais n’oublie pas. Forte de son long passé, notre cité voit poindre avec espoir et confiance les jours à venir et les accueille dans sa vieille patience.

G.M. Octobre 1944