La Claise primée à Preuilly sur Claise et son histoire Enregistrer au format PDF

0 vote

Dans son édition du 13 août 2016 la Nouvelle république fait le classement des sites sur des critères de beauté, d’originalité, de curiosité et d’intérêt touristique.
Dans la catégorie « Cours d’eau » la Claise à Preuilly sur Claise est sur le podium en deuxième rang.

Ce n’est pas une surprise pour nous qui admirons cette rivière qui sillonne la vallée sur une longueur totale de 78 km, dont 32 s’écoulent dans notre département. Que ce soit à Preuilly, Bossay ou Chaumussay la Claise sauvage et calme est belle. Elle offre l’occasion de faire de magnifiques photos et fait le bonheur des pécheurs et des promeneurs.

Elle a su nous faire savoir l’hiver dernier qu’elle pouvait aussi se montrer menaçante pour les riverains. De ces inondations est resté un îlot que se sont approprié une bande de canards et quelques poules d’eau qui ont cohabités quelques temps avec un magnifique héron.

Depuis 2008 la communauté de commune s’est lancé dans des travaux de restauration de la Claise à l’exemple de L’indre, aidé en cela par des aides européenne.
L’objectif de la directive cadre européenne sur l’eau était que les deux tiers des masses d’eau soient en bon état écologique en 2015
Le constat : « Le peuplement végétal, comme les peupleraies, la négligence de leur entretien notamment, les arbres et bois morts, ont fragilisé les berges ou créé des encombres. A cela s’est ajoutée l’apparition d’une plante indésirable, la jussie, qui ne connaît pas de prédateur hormis l’homme et l’arrachage manuel. Le pâturage « sauvage » vient aussi nuire à l’équilibre des cours d’eau ainsi que la pollution chimique. »

Ces travaux entrepris par la CCTS ont permis de redonner à la rivière un aspect vivant. La migration des poissons, principalement l’anguille et l’écoulement naturel des sédiments de l’amont vers l’aval sont désormais réalité.
Après avoir nettoyé certaine zone d’eau stagnante des végétaux, algues et lentilles, abattu les arbres fragiles des berges – notamment les peupliers – il a été procédé à l’enlèvement du clapet du Grand Pressigny puis à la démolition de la partie maçonnée, qu’il a fallu détruire au marteau-piqueur. 

Le lit a ensuite été resserré, en créant des banquettes latérales, par apport de terre et de pierres, afin de faire serpenter la Claise dans son lit principal. De cette façon, la largeur créée artificiellement a été ramenée à une dimension correspondant mieux au faible débit d’été.

L’aspect paysager va évoluer au fur et à mesure que les végétaux reprendront leurs droits. Les pêcheurs aussi seront gagnants. On est passé de 180 m de berges dédiées à cette activité à 1.400 m. La pêche en eaux stagnantes (carpes, brèmes, gardons) sera plus difficile mais on pourra s’attaquer aux poissons d’eau vive comme le chevesne ou la perche.
 
À l’occasion de ces travaux il a souvent été évoqué ceux effectués dans les années 1960 parfois de façon critique d’autres fois par les anciens de façon plus positive. Les extraits de l‘ouvrage de M. Guichané sur les moulins nous donne un éclairage avisé. A époque différente, problèmes et solutions différentes, la Claise à cet époque retrouve sa configuration du XV siècle.

« En 1961, le Syndicat Intercommunal de Curage et d’Entretien de la Claise a été créé à l’initiative des six communes riveraines de la Claise.
Les missions prioritaires du syndicat étaient de curer, rectifier et recalibrer la Claise de la confluence avec la Creuse jusqu’à la limite départementale avec l’Indre. En amont, ce type de travaux avait déjà été réalisés et le goulot d’étranglement créé par la différence de largeur entre les Claise berrichonne et tourangelle risquait d’augmenter les inondations.
Le curage, recalibrage et rectification du lit a entrainé une augmentation importante de la largeur du lit et une baisse significative du fond de la rivière. Ces travaux ont donc rendu nécessaire la réfection de radiers de ponts et de certains ouvrages, notamment ceux liés aux moulins. Le faible niveau d’eau en été a également entrainé la création de nouveaux clapets pour rehausser la lame d’eau au niveau d’avant recalibrage.

Le financement : les travaux sont estimés à 550 000 francs. Ils seront financés pour 25 % par le Fond Européen d’Organisation Générale de l’Agriculture, pour 25 % par le Ministère de l’Agriculture, et pour 50 % par un emprunt au Crédit Agricole remboursable par le Syndicat.
Les retenues d’eau constituent de précieuses réserves pour les agriculteurs qui tiennent beaucoup à leur maintien. Mais pendant les étés secs, la Claise n’a plus qu’un débit insignifiant, voire nul. La Police des Eaux, qui dépend de la Direction Départementale de
l’Agriculture a été amenée à intervenir et à contingenter les heures d’arrosage et les quantités d’eau.

La Claise est très peu polluée, il n’y a sur ses bords ni usines ni grandes villes, la Claise est poissonneuse, aux dires des amateurs, et ses bords sont de mémoire d’homme très fréquentés par les pêcheurs. Mais depuis les années 1980, on voit se multiplier des installations qui vont bien au-delà du simple pas de pêche : de petits enclos comprenant un abri qui peut aller jusqu’à la maisonnette construite en dur. Nous en avons compté une vingtaine entre la limite de l’Indre et Preuilly-sur-Claise. Le paysage s’en trouve marqué. Aux arbres habituels des bords de rivières saules, aulnes, peupliers, viennent s’ajouter ou se substituer des monohaies à feuilles persistantes, bien alignées et taillées au carré. Si les cabanons de bois ou même certaines maisonnettes s’intègrent bien dans le paysage, on ne peut en dire autant des caravanes, grosses taches blanches qui attirent mal­ gré soi le regard, et qui sont posées là à demeure, en attendant d’éventuelles constructions en dur. Tout cela témoigne d’une implantation croissante au bord de la rivière dont on ne redoute plus les crues.

Brusquement, en 1960, les berges de la Claise et de ses principaux affluents se raniment : des ingénieurs, des géomètres, des entrepreneurs, des machines, bulldozers, grues, excavatrices, s’agitent en tous sens, on rase les berges, on creuse, on rectifie, on redresse, on installe de nouveaux barrages.

Il faudra quinze ans au paysage pour qu’il se remette du traumatisme. Mais la Claise et ses affluents entament une nouvelle carrière. Assagis, régularisés, ils attirent, la Claise surtout, une nouvelle population motivée par le retour vers la nature : les pas de pêche se multiplient les prix des terres riveraines s’enflamment, cependant que les agriculteurs installent des stations de pompage toujours plus nombreuses et plus puissantes.

Loisirs et irrigation deviennent les nouvelles vocations de la Claise et de ses affluents. Quant aux moulins, … après avoir été des sources de profit, d’animation et de progrès, ils se sont retrouvés abandonnés, désertés, asséchés parfois, leurs grandes roues surprises par l’immobilité comme par la mort. Leur malheur, c’est que le monde a changé d’échelle. Pourtant eux aussi semblent entamer une nouvelle carrière « : la beauté de leurs sites, l’originalité et la solidité de leurs constructions, le souvenir qu’ils ont laissé dans la mémoire collective, séduisent de plus en plus d’amateurs éclairés, voire passionnés, qui essaient de leur redonner vie, ou tout au moins apparence. C’est leur dernière chance, et c’est notre dernière chance de conserver un patrimoine d’un riche passé.